Les Pharistes

Article de Louis Genty paru dans la revue nivelloise Rif Tout Dju d'octobre 1983

Vers 1925 - L'unique photo retrouvée du Cercle Les Pharistes prise lors d'un concert de bienfaisance aux alentours de La Hulpe

 

Au centre, les mains croisées

Le chef Emile Daue

 

Accroupis de g à d

Achille Tamine (violon)-Eugène Rousseau (clarinette)-Ulysse Vinclaire (accordéon)-Alfred Roland (flûte)-Emile Laurent (contrebasse) et son jeune fils

 

Debout de g à d

Mme Laurent-Georges Lambert (hautbois)-Léon Coulon (batterie)-Paul Delvaille (violon-Armande Wenmackers (pianiste)-M. Leton père, camionneur et son fils Maurice-Léon tamine (violon et timbales)-M. Wenmackers père (loueur et accordeur de piano)-Mme Piron-Jules Dufond (trombone)-Joseph Piron (aide transporteur)

 

Cette photo a été prise vers 1913. C'est l'entrée du cinéma Le Phare qui a ouvert ses portes à Noël 1916. C'est à ce moment-là que Les Pharistes se sont produits pour la première fois. La colonne sculptée que l'on aperçoit à la droite du monsieur en  casquette se trouve actuellement à l'entrée du Musée de Nivelles, rue de Bruxelles

 

 

Beaucoup de sociétés nivelloises d'avant 1914 ont disparu avec l'arrivée de la Grande Guerre. Cependant, certaines formations musicales se sont créées pendant cette même guerre à l'instar des Pharistes qui allait vivre pendant 14 ans. Ses exécutants ont imaginé ce nom pittoresque qui ne figure dans aucun dictionnaire. Ils se sont choisi cette appellation en raison du lieu de leur rencontre : le cinéma Le Phare, rue de Namur (anciennement situé au démarrage de la place Peduzzi qui rejoint la place Emile de Lalieux. Une venelle a d'ailleurs été nommée "Venelle du Phare").

 

C'est à une intention tant commerciale que philanthropique qu'est due la création de l'orchestre. Le cinéma Le Phare a ouvert ses portes pour la Noël de l'an 1916. Les exploitants de la salle ont eu l'idée d'un accompagnement musical pendant la projection des films pour attirer le public, gonfler les recettes et permettre la récolte de fonds en faveur des enfants nécessiteux.Le cachet prévu pour chaque musicien était de 15 frs par soirée.

 

Les Pharistes se sont donc produits pour la première fois le 24 ou le 25 décembre 1916. Leur premier chef a été Emile Daue, professeur de solfège à l'académie de musique de Nivelles en même temps que directeur du Cercle Musical. Ses effectifs étaient d'une quinzaine de musiciens : Armande Wenmaekers (piano), Georges Scourneaux, Paul Lerminiau, Léon Tamine, Jean Hanne (tous violonistes), Paul Jacquet (violoncelle), Gustave Lambert (contrebasse), Alfred Roland (a fait partie de l'orchestre Les Sans Nom avant la guerre) et Jacques Tamine (flûtiste), Sadi Simon (clarinette), Georges Delvaille et Emile Cornet (trompettistes), Georges Barbier (cor), Jules Dufond (trombone), et Léon Coulon (batterie).

 

A partir de 1925, les Pharistes ont accueilli de nouveaux et jeunes éléments : Eugène Rousseau (clarinette), Jean Quinot (violon), Marthe Jacqmin (violoncelle), et Emile François (trompette). Plusieurs de ces musiciens étaient engagé en même temps dans des établissements bruxellois et carolorégiens. Après Emile Daue, Les Pharistes ont comme chef Albert Grillaert, père du compositeur bien connu Octave Grillaert, Léon Tamine. 

 

Le répertoire des Pharistes a été axé sur la musique dite "de brasserie" : marches, valses, romances, airs à la mode, extraits d'opéras et d'opérettes. le chef devait être capable de prouesses visuelles et mentales, les musiciens de prouesses techniques. Pour accompagner un film muet, il fallait que les motifs musicaux "collent" aux épisodes projetés, de sorte qu'à certains moments, le chef devait faire stopper le morceau en cours et, en quelques secondes, faire embrayer l'orchestre sur un fragment tout différent.

 

A l'époque, les films muets étaient rarement de longue durée. Des entractes les séparaient. Le public avait alors droit à une audition importante. Parfois, l'orchestre était appelé à accompagné un numéro de music-hall : jongleurs, acrobates, danseurs, prestidigitateurs.

 

Parmi les grands classiques du cinéma muet que Les Pharistes ont accompagnés, figurent Ben Hur et La Grande Parade. Le premier de ces deux films est une très belle reconstitution d'un récit des temps biblique. L'autre représente le printemps de 1917 aux U.S.A.. Il évoque d'abord l'état d'esprit dans lequel s'enrôlent les jeunes gens du Nouveau Monde à cette période d'enthousiasme contagieux de l'entrée en guerre des Etats-Unis. Puis, il faudra déchanter. Ce sera l'horreur. Et le film deviendra un violent pamphlet contre la guerre. Ben Hur et La Grande Parade sont deux grands films américains de 1925. Ils sont sortis l'année suivante sur les écrans belges.

 

Les Pharistes jouaient normalement le samedi soir, le dimanche en matinée et en soirée. Le succès de Ben Hur et de La Grande Parade a été tel que ces films ont été projeté quotidiennement pendant une semaine de sorte qu'en 1926, à deux reprises, Les Pharistes ont joué huit jours de suite.

 

L'année 1930 va voir la fin de l'orchestre Les Pharistes qui avait égayé les Nivellois pendant quatorze années. Les musiciens ont d'abord été remplacés par un orgue mécanique. Puis vint le cinéma sonore et, enfin, vers 1933, le cinéma parlant. C'est ainsi que Ben Hur a été sonorisé avec une partition musicale empruntée à une œuvre du répertoire romantique : Les préludes de Liszt. On fit de même pour Le Cuirassé Potemkine, réalisé en 1927.

 

Tout n'était cependant pas dit. Le répertoire des Pharistes, plusieurs fois renouvelé, était vaste et varié. Or, à la Maison du Peuple de Nivelles, on parlait, depuis plusieurs années, de constituer un ensemble symphonique dans le but d'agrémenter les conférences du Cercle d'éducation ouvrière et les représentations du Cercle dramatique.

 

Les partitions musicales furent récupérées et un certain nombre de Pharistes acceptèrent de faire partie de la nouvelle formation. Ainsi naquit, sous l'impulsion principale de Jules Mathieu, la symphonie de la Maison du Peuple. Elle fut dirigée par Eugène Rousseau, fils d'Antoine Rousseau, échevin de la ville de Nivelles.

 

La symphonie des organisations ouvrières nivelloises eut, elle aussi, une vie active. Ses effectifs se sont amplifiés jusqu'au chiffre de trente-cinq? Las ! Le désastre de 1940 allait tout anéantir.